Aujourd’hui, j’ai savouré le temps

Par Marie-Anik Shoiry

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. Juste comme ça, sans trop me poser de questions.

J’ai raclé l’herbe du nouveau temps. Tranquillement. En profitant du beau soleil. De cette petite brise qui rafraîchissait mon visage. Cette belle caresse du printemps.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. Un sac de feuilles. Un temps d’arrêt. Sans stress de tout finir rapidement. Au pire, je continuerai demain. Ou après-demain. Mon agenda n’est pas trop rempli ces temps-ci. Et c’est merveilleux ainsi.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. J’ai remarqué ces petites fleurs mauves, apparues au milieu de nulle part sur mon terrain. Fortes, belles, colorées. Elles m’ont inspiré l’espoir. Ces petites plantes qui, il y a quelques mois, m’auraient probablement laissée dans la totale indifférence. J’ai même eu envie de les prendre en photo, c’est tout dire.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. J’ai laissé mes filles sortir les vases, la belle nappe, le pichet de limonade, les chandelles de Noël, tout ça pour donner un petit look spécial à notre terrasse. « Un look de magazine Maman! » Aujourd’hui, en ce samedi bien ordinaire, notre tablée aux allures festives était magnifiquement prête à accueillir nos hot-dogs-crudités. Le bonheur n’est pas si loin finalement.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. J’ai pris une longue marche. Les notes de piano d’Alexandra plein les oreilles, j’ai remarqué le somptueux paysage.  Cette nature plus grande que nous. Celle qui a toujours le dernier mot. J’ai vu les arbres dénudés aux bourgeons naissants. Comme je l’ai si souvent fait enfant, la tête tournée vers les nuages, l’un de ces grands végétaux m’a fait penser aux doigts fins d’une dame âgée. Des mains frêles, délicates, vulnérables, mais si puissantes et inspirantes à la fois. J’ai alors eu une douce pensée pour toutes ces âmes précieuses qui luttent en centres de soins. J’aimerais tant qu’on puisse les serrer dans nos bras. Ces marques de tendresse et d’affection seraient bien utiles présentement.

Sur ma route aujourd’hui, j’ai échangé des « Bonjour! » et des regards complices avec les autres marcheurs, tout en me distançant, de plus en plus naturellement. Cette complicité qui fait du bien, on la partage tous maintenant. J’ai pris quelques pauses pour jaser avec des voisins du quartier, qui travaillaient, lisaient ou fouinaient sur leur terrain. Tranquillement. En profitant du beau temps.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps. J’ai remarqué ces quelques feuilles mortes qui valsaient au vent, vestiges d’un automne pas si lointain, mais d’une époque tellement différente.

Aujourd’hui, j’ai savouré le temps.

Ce temps qui nous file trop souvent entre les doigts. Ce temps qu’aujourd’hui, nous retrouvons malgré nous. Cette pause dont nous avions peut-être cruellement besoin. Qui nous fera apprécier tellement plus de choses maintenant. Qui nous fera prendre soin. De soi. Des autres. De notre monde.

Aujourd’hui, j’ai parfois peur aussi. Depuis que tout a basculé, il y a des jours où j’ai pleuré. Des histoires qui m’ont choquée. Émue. Touchée. Certains moments sont plus difficiles. Je me demande où tout ça nous mènera. Si la vie reviendra comme avant. Les contacts humains me manquent. Grandement.

Mais une chose est sûre, aujourd’hui, je savoure le temps. Et même quand la vie reprendra son cours un peu plus normal, j’espère de tout cœur avoir appris, encore et encore, à savourer le temps.

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