Demain, c’est trop tard

Par: Marie-Anik Shoiry

Dans la vie, on ne contrôle pas tout.

Et pour une « Germaine » comme moi, ce n’est pas toujours évident à gérer.

En fait, ce n’est pas évident à gérer pour personne.

J’ai toujours vécu ma vie à 100 milles à l’heure. Comme bien du monde. La vie de famille, le travail, les tâches, on s’entend que les phrases « J’suis fatiguée », et « Ça va vite », je les ai dites pas mal souvent dans les dernières années. Trop souvent. Quand je prononce ces phrases-là, j’me gosse moi-même.

Un bête accident… ou un signe de la vie?

Il y a quelques mois, un événement hors de mon contrôle a complètement bousculé ma routine de vie. Un bête accident. Je suis même un peu gênée d’en parler.

Alors voilà. J’ai reçu la porte du coffre de mon auto sur la tête… par ma faute en plus.

Tsé, quand tu veux aller trop vite là. Les mains pleines, pressée comme d’habitude, j’ai donné un « swing » sur la porte du coffre d’auto et je me suis solidement frappée la tête avant que je n’aie le temps de me tasser. (Je sais!! C’est VRAIMENT un accident poche! Et je vous rassure, je ne suis pas sado-maso, ni suicidaire! Je suis juste très maladroite).

Diagnostic : une commotion cérébrale… et tout ce qui vient avec. Maux de tête, problèmes de vision, étourdissements, fatigue, mauvaise humeur, irritabilité… Ouf. Pas super cool. Arrêt de travail. Repos. Ou plutôt ne rien pouvoir faire pendant plusieurs semaines.

OMG!!!

Moi qui était habituée à ne jamais arrêter, disons que le temps fut TRÈS long et que j’ai trouvé ça vraiment difficile. Le moral en a aussi pris un coup.

Les côtés positifs

Heureusement, je suis positive de nature alors j’ai tout de même réussi à identifier quelques bons côtés de cet arrêt forcé :

***Pas besoin de m’arranger le matin. Pas de maquillage, pas de brushing, pas de vêtements de travail. Sérieux, je vous confirme que c’est une économie de temps, de lavage et d’énergie. Mes matins étaient pas mal moins intenses avec la gestion familiale aussi.

***Prendre des petites marches dehors, habillée en mou, pas de brassière. Lentement. Pas en pensant au nombre de calories que j’allais brûler, mais plutôt en prenant mon temps. En appréciant le moment. En profitant.

***Croiser quelqu’un à l’épicerie, vraiment pas arrangée, sans me sentir mal ni passer pour la mère désabusée qui a arrêté de prendre soin de son look. J’avais le droit de ne pas être arrangée, parce que j’étais malade.

***Redécouvrir le plaisir de prendre des bains. Mais quelle activité merveilleuse! Quand t’as mal à la tête, que tu ne peux pas faire d’ordi ni d’écran, prendre un bain, ça passe vraiment bien le temps. Et ça fait du bien. Alors des bains, j’en ai pris en masse. Heille, ça faisait des années que j’avais pas pris de bain!! C’est tu l’fun rien qu’un peu!

Mon fils de 7 ans a d’ailleurs fait une grande découverte au sujet de ma nouvelle activité préférée : « Hein maman, les adultes aussi prennent des bains??!!» (avec les yeux brillants d’un enfant VRAIMENT surpris). Dans sa tête, prendre un bain, c’était réservé aux enfants.

***Être vraiment contente d’avoir un panier de linge à plier. Je savourais le moment. Je n’ai jamais été aussi enjouée de faire du lavage. Maudit qu’le linge était bien plié.

***Penser. Et ça, c’est probablement le point le plus important. On oublie trop souvent de faire ça des fois. Réfléchir. Décortiquer nos questions existentielles sur la vie, sur nos rêves, sur nos objectifs, sur notre bonheur. Pas pendant une nuit d’insomnie où tu vois pu clair et que tu te mets à spinner sur plein d’affaires là. Prendre le temps de s’arrêter pour penser, sans rien faire d’autre. Le faire volontairement et consciemment.

Grâce à la porte du coffre de mon auto et à mon manque de coordination, je n’ai pas eu le choix de prendre du recul, de prendre une pause, de lâcher prise.

Mais je crois aux signes que la vie nous envoie.

Je crois que rien n’arrive pour rien.

Que ce qui m’est arrivé devait m’arriver.

La vie la vie

Au final, ça m’a fait du bien.

Malgré la frustration d’avoir à mettre ma vie et tous mes projets sur pause pendant quelques temps.

Parce que cet arrêt m’a permis de prendre conscience que ma vie allait peut-être un peu trop vite. Que je me mettais peut-être un peu trop de pression… Et que se mettre de la pression pour des trucs qui en réalité n’ont pas tant d’importance, ça gruge inutilement notre temps et notre énergie. Et ça ne donne pas grand-chose.

Ce coup sur la tête est un autre signe qui m’a rappelé qu’on ne sait jamais ce qui nous attend demain. Que des événements hors de notre contrôle peuvent affecter notre qualité de vie. Que parfois, on prend la vie pour acquis. Alors vivons aujourd’hui comme si demain n’existait pas. Faisons ce qu’on aime, ce qui nous fait du bien, ce qui nous rend heureux, là, maintenant. Pas dans un espoir de vie meilleure dans une semaine, un an, ou dix ans.

Parce que demain, il sera peut-être trop tard.

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