Demain, c’est trop tard

Par: Marie-Anik Shoiry

Dans la vie, on ne contrôle pas tout.

Et pour une « Germaine » comme moi, ce n’est pas toujours évident à gérer.

En fait, j’pense que ce n’est pas évident à gérer pour personne.

J’ai toujours vécu ma vie à 100 milles à l’heure. Comme ben du monde. La vie de famille, le travail, les tâches, on s’entend que les phrases « J’suis fatiguée », et « Ça va vite », je les ai dites pas mal souvent dans les dernières années. Trop souvent. En fait, quand je prononce ces phrases-là, j’me gosse moi-même.

Connais-tu tes talents?

Connaissez-vous le test des talents? Si non, je vous encourage fortement à le faire. De mon côté, mon employeur le fait passer à tous ses employés. C’est un bon moyen pour apprendre à se connaître davantage, à miser sur ses forces et à développer son plein potentiel. Et ça aide aussi à comprendre pourquoi ceux qui nous entourent ne réagissent pas toujours comme nous face aux mêmes situations. (pour un article intéressant sur le sujet, cliquez ici!)

Tout ça pour dire que moi, mon premier talent, c’est celui de « réalisateur ». En gros, ça veut dire que je suis très dans l’action, dans le go, go, go. Dans le « Je veux finir mes journées pis avoir le sentiment d’avoir accompli quelque chose ». Au travail, pis dans ma vie personnelle. Tsé, si j’ai un panier de lavage à plier dans la face, ben je feel pas bien tant qui sera pas plié.

Un bête accident… ou un signe de la vie?

Il y a quelques mois, un événement hors de mon contrôle a complètement bousculé ma routine de vie. Un bête accident…J’suis même un peu gênée d’en parler…

Bon. J’ai reçu la porte de mon coffre d’auto sur la tête… par ma faute en plus.

Tsé, quand tu veux aller trop vite là. Les mains ben pleines, pressée comme d’habitude, j’ai donné un swing sur la porte du coffre d’auto et j’me suis solidement frappée la tête avant que je n’aie le temps de me tasser. (Je sais!!!! C’est VRAIMENT un accident poche! Et je vous rassure, je ne suis pas sado-maso, ni suicidaire! Je suis juste très maladroite…)

Diagnostic : une commotion cérébrale… et tout ce qui vient avec. Maux de tête, problèmes de vision, étourdissements, fatigue, mauvaise humeur, irritabilité… Ouf. Pas super cool. Arrêt de travail. Repos. Ou plutôt ne rien pouvoir faire pendant plusieurs semaines.

OMG!!!

Moi qui était habituée à ne jamais arrêter, mettons que le temps fut TRÈS long et que j’ai trouvé ça vraiment difficile. Veux, veux pas, le moral en prend un coup aussi.

Les côtés positifs

Heureusement, je suis positive de nature (ça aussi, ça fait partie de mes talents 😉) alors j’ai tout de même réussi à identifier quelques bons côtés de cet arrêt forcé :

***Pas besoin de m’arranger le matin. Pas de maquillage, pas de brushing, pas de vêtements de travail. Sérieux, j’vous confirme que c’est une économie de temps, de lavage et d’énergie. Pis mes matins étaient pas mal moins intenses avec la gestion familiale aussi.

***Prendre des ptites marches dehors, habillée en mou, pas de brassière. Lentement. Pas en pensant au nombre de calories que j’allais brûler là, mais plutôt en prenant mon temps. En appréciant le moment. En profitant.

***Croiser quelqu’un à l’épicerie, vraiment pas arrangée, sans me sentir mal ni passer pour la mère désabusée qui a arrêté de prendre soin de son look. J’avais le droit de ne pas être arrangée, parce que j’étais malade.

***Redécouvrir le plaisir de prendre des bains. OMG!!! Quand t’as mal à la tête, que tu ne peux pas faire d’ordi ni d’écran, prendre un bain, ça passe vraiment bien le temps. Pis ça fait du bien. Faque des bains, j’en ai pris en masse. Deux par jour des fois. Heille, ça faisait des années que j’avais pas pris de bain!! C’est tu l’fun rien qu’un peu!

Mon fils de 7 ans a d’ailleurs fait une grande découverte au sujet de ma nouvelle activité préférée : « Hein maman, les adultes aussi prennent des bains???!!! » (avec les yeux brillants d’un enfant VRAIMENT surpris). Dans sa tête, prendre un bain, c’était réservé aux enfants.

***Être vraiment contente d’avoir un panier de linge à plier. Pis j’prenais mon temps. Je n’ai jamais été aussi enjouée de faire du lavage. Pis maudit qu’le linge était bien plié.

***Dormir. Dormir des nuits de 8 heures ET faire des siestes d’après-midi tous les jours. J’pense que j’ai jamais fait ça de ma vie. Sauf quand j’étais ado mettons. Parce que quand t’as rien à faire, dormir, ça aussi ça aide à passer le temps.

***Penser. Et ça, c’est probablement le point le plus important. On oublie trop souvent de faire ça des fois. Réfléchir. Décortiquer nos questions existentielles sur la vie, sur nos rêves, sur nos objectifs, sur notre bonheur. Pas pendant une nuit d’insomnie où tu vois pu clair pis que tu te mets à spinner sur plein d’affaires là. Prendre le temps de s’arrêter pour penser, sans rien faire d’autre. Le faire volontairement et consciemment.

Grâce à la porte de mon coffre d’auto et à mon manque de coordination, j’ai pas eu le choix de prendre du recul, de prendre une pause, de lâcher prise. (tsé, gérer le stress de ne pas être au bureau et de ne pas savoir ce qui se passe. Et se sentir coupable… Je vous assure que c’est vraiment une belle opportunité d’apprendre à lâcher prise… et non sans peine!)

Mais je crois aux signes que la vie nous envoie.

Je crois que rien n’arrive pour rien.

Que ce qui m’est arrivé devait m’arriver.

La vie la vie

Et au final, ça m’a fait du bien.

Malgré la frustration d’avoir à mettre ma vie et tous mes projets sur pause pendant quelques temps.

Parce que cet arrêt m’a permis de prendre conscience que ma vie allait peut-être un peu trop vite. Que j’me mettais peut-être un peu trop de pression… Et que se mettre de la pression pour des trucs qui en réalité n’ont pas tant d’importance, ben ça gruge inutilement notre temps et notre énergie. Et ça ne donne pas grand-chose.

Et ce coup sur la tête est un autre signe qui m’a rappelé qu’on ne sait jamais ce qui nous attend demain. Que des événements hors de notre contrôle peuvent affecter notre qualité de vie. Que parfois, on prend la vie pour acquis. Alors vivons aujourd’hui comme si demain n’existait pas. Faisons ce qu’on aime, ce qui nous fait du bien, ce qui nous rend heureux, là, maintenant. Pas dans un espoir de vie meilleure dans une semaine, un an, ou dix ans.

Parce que demain, il sera peut-être trop tard.