Quand la fusée décolle

Par : Marie-Anik Shoiry

Mercredi soir. Mi-juin.

Il fait beau, il fait chaud.

Je n’ai rien de prévu pour le souper et je suis seule avec mes enfants pour la soirée.

Je suis également un tantinet tannée de cuisiner. (Bon. J’avoue que j’ai écris « tantinet » parce j’aime bien ce mot. Mais la vraie vérité, c’est que j’suis à boutte de cuisiner). En plus, je ne suis aucunement familière avec la gestion de mon BBQ. (Mon chum prétend que c’est le seul objet dans la maison sur lequel il a encore du contrôle).

La petite surprise

J’me suis donc dit que ça serait l’fun de faire quelque chose de spécial avec les enfants.

J’arrive à l’école et j’suis super énervée de leur annoncer que je leur ai prévu une petite surprise, quelque chose qui ferait changement de la routine.

Pour maximiser les effets de mon annonce (et aussi pour en tirer tous les bénéfices 😉) je leur mentionne que je leur dévoilerai mon plan lorsqu’ils seront assis et attachés dans l’auto. En deux minutes, nous y étions! (Un record!)

Le Subway

J’leur ai alors proposé d’aller chercher un sous-marin au Subway et de faire un pique-nique dans la cour. Les enfants étaient surrrexcités. Il adooooorent le Subway.

En arrivant au resto, j’me rends compte qu’une gang de filles de l’école secondaire d’à côté a décidé de débarquer genre cinq minutes avant moi. Une dizaine d’étudiantes d’à peu près 16 ans, en jupe carottée, qui jasent de gars et de leurs plans pour la fin de semaine. Mes filles les observent d’un air admiratif.

Il y a beaucoup de monde dans la place. Il est bientôt 18h et mes enfants ont faim.

Mathieu, plus ou moins 17 ans, est tout seul à travailler. Faut croire que normalement, un mercredi soir, c’est tranquille au Subway et qu’un employé, c’est en masse.

Mais pas le soir où j’ai décidé d’y aller avec mes enfants.

Donc Mathieu, y’é dans l’jus. Et il a vraiment chaud, si je me fie aux gouttelettes qui perlent sur son front. C’est clairement sa première job et il a un peu perdu le contrôle. Tsé, j’avais quasiment le goût d’aller l’aider.

Malgré le monde et l’attente, mes enfants sont, à ma grande surprise, super patients. (Ils m’ont juste demandé douze fois si c’était bientôt à notre tour, ce qui est fort acceptable).

Au bout de vingt minutes d’attente, c’est enfin à nous.

Je fais un sourire empathique à Mathieu, pauvre chou, il a vraiment l’air dépassé par les événements.

Le choix

Mes enfants ont chacun leurs préférences, du pain aux garnitures.

Mais là, Mathieu, y’a pas eu le temps de faire cuire du pain.

Et il reste juste du pain brun.

OMG. Je sens déjà que je vais avoir une situation problématique à gérer.

J’annonce ça à mes enfants. J’leur dis que du pain brun, ça goûte la même affaire.

Mes filles acceptent le pain brun, mais mon fils de 7 ans, lui, il ne comprend pas.

Il me répond qu’il veut son pain aux fines herbes et fromage « comme d’habitude ». J’lui dis qu’y’en a pu. « Du pain blanc d’abord ». Y’en a pu non plus. Là, y se met à chigner.

« Mais là, c’est pas juste, c’est pas une surprise ça, moi j’veux pas du pain brun!!! ».

J’essaie de garder mon calme, même si la patate commence à pomper en dedans. J’lui propose d’aller chercher un hamburger au resto d’à côté. (Déjà, j’me trouve un peu too much).

Et Mathieu, du haut de ses 17 ans et de ses deux poils au menton, nous propose gentiment l’option du wrap ou du panini.

Mais non. Mon fils est boqué. Dans sa tête, y mangeait un six pouces viandes froides pain blanc aux fines herbes et fromage chauffé avec des tomates, du cheddar, des concombres, des olives noires pis beaucoup de mayonnaise. Faque lui, c’est ça qu’il veut, rien d’autre.

Je lui répète lentement qu’il n’y a plus de pain aux fines herbes et fromage ou de pain blanc et je lui propose à nouveau les alternatives.

La crise

Là, imagine une fusée qui décolle. C’est l’image qui me vient en tête pour décrire le pétage de plomb de mon fils. (Je précise aussi que c’est la fin de l’année scolaire, que mes enfants sont brûlés et manifestement GÂTÉS POURRIS).

J’essaie de continuer à rester calme. Mais j’ai la patate qui pompe de plus en plus. Et TOUT LE MONDE ME REGARDE. Les filles arrêtent de jacasser et se retournent vers nous. Je rougis. (C’est clair qu’elles se disent que j’suis une mauvaise mère).

Et Mathieu, il se sent vraiment mal.

J’indique alors à mon fils de se calmer et que vu son comportement, je ne lui commanderais rien, ni ici, ni dans un autre resto.

Oh boy.

Tsé, à quelques reprises, pour acheter la paix et pour arrêter d’être le centre de l’attention, j’me suis dit que j’lui proposerais d’aller dans un autre Subway pour que Monsieur se calme et qu’il arrête de crier, mais j’me parlais intérieurement en me disant que je ne devais pas flancher… OUF! Vraiment pas facile.

J’ai donc acheté un sous-marin à mes filles, en trio en plus.

On est retournés à l’auto. (Mon fils ne voulait pas me suivre. Mon fils ne voulait pas entrer dans l’auto. Mon fils ne voulait pas s’attacher…..Maaaan.)

Sérieux, depuis que je suis maman, le bouton « RESTE CALME ET PATIENTE » est trèèèeeees souvent activé…et on s’entend, ça y arrive de planter.

J’ai finalement acheté à mon fils un sandwich à l’épicerie du quartier. Pas de chips, pas de ptit jus.

Le calme après la tempête

À la maison, il a fini par se calmer. En rejasant avec lui, j’ai bien vu qu’il avait compris.

Moi qui pensait qu’on aurait une ptite soirée l’fun et tranquille en famille, en pique-niquant gaiement dans la cour, sur une couverte, en contemplant le soleil se coucher, le grand sourire au visage en profitant du vent chaud et humide en cette belle soirée quasi-estivale…

On s’entend tu que même si c’était un mercredi soir, j’me suis permise de boire du vin…. Faut croire que ça a été ça finalement, mon spécial de la semaine!

Pis avoir su, j’me serais payée un ptit mousseux.