Coupable

Par: Marie-Anik Shoiry

Printemps 2017, emmitouflée dans mes couvertes et grelottante, j’écrivais ceci :

Aujourd’hui, je suis malade.

Un gros rhume. Mon nez et mes yeux coulent, ma gorge pique, ça résonne dans ma tête et j’ai mal au ventre.

Bref, j’me sens un peu comme une larve humaine.

Je suis malade.

Pis j’me sens coupable. Ben oui, j’me sens coupable d’être malade.

C’est mon premier gros rhume de l’année. Même s’il y a eu beaucoup de virus au bureau ces derniers mois, j’ai réussi à tenir le coup. Avec mon chum souvent à l’extérieur, j’pouvais juste pas me permettre d’être malade.

L’adrénaline a fait son travail.

Mais là, cette semaine, je suis tombée au combat. La fatigue, le stress, les microbes, ça reste qu’on est pas des machines.

Tôt ou tard, notre tour y passe.

Pis là, j’me sens coupable!

Coupable parce que je ne serai pas là pour m’occuper de mes enfants. Pour aller les reconduire à leurs activités. Pour jouer avec eux. Pour préparer le diner pis ramasser dans maison.

J’vous l’dis, nous les mamans, on est vraiment bonnes pour se sentir coupables.

Coupable parce que j’ai crié après ma fille, à bout de patience.

Coupable parce qu’au lieu de cuisiner des hors-d’oeuvre maison inspirés de Pinterest pour l’activité spéciale à l’école de mes enfants, j’en ai acheté des prêts-à-manger à l’épicerie du quartier.

Coupable quand je pars quelques jours pour le travail, ou pour un week-end de Sacoches.

Et dans ce temps-là, j’me mets tellement de pression pour pas que ça paraisse trop que j’suis pas là.

Je prépare les repas à l’avance, les lunchs aussi. Je fais les lavages, j’fais l’épicerie.

Il m’est même déjà arrivée de préparer un aide-mémoire pour mon chum.

Il l’a pas trouvé drôle.

Pis y’a tellement raison…

(Ma fille Simone me rejoint alors dans mon lit, un bouquet de pissenlits à la main. « Maman, ça c’est pour toi parce que t’es malade. » Puis elle me fait un gros câlin. Déjà, je me sens un peu mieux…).

Mai 2018 :

On s’entend, j’pense que bien souvent, on s’en met un peu trop sur les épaules.

Et à cause de cette pression inutile, on ne profite pas assez de nos moments de liberté.

De ces petites pauses en amoureux, avec nos amis ou en solo… De ces moments si précieux qui nous donnent un certain équilibre.

Qui font assurément de nous de meilleures mamans. Plus zen, plus patientes, plus épanouies.

Qui nous font tellement du bien.

Pour ma part et après réflexion, ça vaut bien quelques soupers de Kraft Dinner et de pizza congelée, ou quelques brassées de lavage remises à plus tard. (Sur le sujet, je vous invite d’ailleurs à lire mon texte « Je choisis mes batailles »!) 😉

Alors à nous les mamans, je nous souhaite de l’indulgence envers nous-mêmes, beaucoup d’indulgence. Et du temps, beaucoup de temps.

Pas juste une fois par année là! Du temps de qualité, sur une base régulière, pour penser à soi et prendre soin de soi, sans culpabilité.

Du temps pour notre vie de femme.

Parce que c’est le plus beau des cadeaux.

Et toute la famille y gagne.

Verdict : Coupable . Non-coupable.

Sur ce, je m’en vais me faire masser! 😉